La digression linguistique à la fin est bien intéressante et fait sourire. Dire que la langue de Trump n'est pas "dépourvue de superlatifs" est toute une litote!
Par contre la périodisation économique me fait quelque peu tiquer. Ce qu'on appelle la période néolibérale, ce n'est pas du tout la période de l'après-guerre, à laquelle on se réfère généralement comme la période fordiste ou keynésienne. Le néolibéralisme est précisément le virage entrepris lorsque le modèle keynésien entre en crise au début des années 1970, et qui consiste moins à démanteler l'État social qu'à son noyautage en partenariats public-privés (à l'ordre du jour longtemps avant l'arrivée de Jean Charest!) qui permettent de maintenir les taux de profits en faisant absorber le principal des coûts par le public tout en laissant le capital privé empocher les bénéfices.
Ces distinctions ne sont pas inutiles: parce que c'est tout ce qu'on connus la génération des baby-boomers, la plus grosse génération démographique et de loin la plus riche de l'histoire, l'État social fordiste est souvent conçu à tort comme l'état normal du monde, alors qu'il est une anomalie sans précédent dans l'histoire du capitalisme. Les surpplus sans précédents accumulés durant cette période ont ainsi fait croire à une proportion non-négligeable de la gauche que 1. l'État social avait définitivement résolu les contradictions du capitalisme et/ou que 2. l'embourgeoisement du prolétariat occidental le disqualifiait désormais en tant que sujet révolutionnaire. Ce qui a mené la gauche vers une conception confuse et nébuleuse de son rôle, qu'on peut qualifier de populiste, et qui persiste aujourd'hui, même si le virage néolibéral et la crise de 2008 aurait dû nous faire réaliser que, malgré les patines postmodernes autour de la prétendue "économie du savoir" ou du "capitalisme communicationnel", l'analyse marxienne du capitalisme demeure encore rigoureusement exacte.
Je ne pense pas confondre le fordisme et la phase néolibérale dans le texte, mais j’ai coupé les paragraphes sur la période des années 1950-1960 parce que j’avais déjà l’impression d’écrire beaucoup de mots pour dire que le comportement de Trump était à chercher dans une crise structurelle plus que dans ses états d’âme. Désolé si ça peut avoir eu l’air d’un télescopage. Du reste, je suis plutôt d’accord avec votre analyse.
Pour ce qui est de la digression linguistique, c’est beaucoup grâce à Megan Lukaniec et à sa thèse sur le système verbal de la langue wendate ainsi qu’au texte de John Steckley sur l’absence de superlatifs. Je ne voulais pas alourdir de notes de bas de page.
La digression linguistique à la fin est bien intéressante et fait sourire. Dire que la langue de Trump n'est pas "dépourvue de superlatifs" est toute une litote!
Par contre la périodisation économique me fait quelque peu tiquer. Ce qu'on appelle la période néolibérale, ce n'est pas du tout la période de l'après-guerre, à laquelle on se réfère généralement comme la période fordiste ou keynésienne. Le néolibéralisme est précisément le virage entrepris lorsque le modèle keynésien entre en crise au début des années 1970, et qui consiste moins à démanteler l'État social qu'à son noyautage en partenariats public-privés (à l'ordre du jour longtemps avant l'arrivée de Jean Charest!) qui permettent de maintenir les taux de profits en faisant absorber le principal des coûts par le public tout en laissant le capital privé empocher les bénéfices.
Ces distinctions ne sont pas inutiles: parce que c'est tout ce qu'on connus la génération des baby-boomers, la plus grosse génération démographique et de loin la plus riche de l'histoire, l'État social fordiste est souvent conçu à tort comme l'état normal du monde, alors qu'il est une anomalie sans précédent dans l'histoire du capitalisme. Les surpplus sans précédents accumulés durant cette période ont ainsi fait croire à une proportion non-négligeable de la gauche que 1. l'État social avait définitivement résolu les contradictions du capitalisme et/ou que 2. l'embourgeoisement du prolétariat occidental le disqualifiait désormais en tant que sujet révolutionnaire. Ce qui a mené la gauche vers une conception confuse et nébuleuse de son rôle, qu'on peut qualifier de populiste, et qui persiste aujourd'hui, même si le virage néolibéral et la crise de 2008 aurait dû nous faire réaliser que, malgré les patines postmodernes autour de la prétendue "économie du savoir" ou du "capitalisme communicationnel", l'analyse marxienne du capitalisme demeure encore rigoureusement exacte.
Je ne pense pas confondre le fordisme et la phase néolibérale dans le texte, mais j’ai coupé les paragraphes sur la période des années 1950-1960 parce que j’avais déjà l’impression d’écrire beaucoup de mots pour dire que le comportement de Trump était à chercher dans une crise structurelle plus que dans ses états d’âme. Désolé si ça peut avoir eu l’air d’un télescopage. Du reste, je suis plutôt d’accord avec votre analyse.
Pour ce qui est de la digression linguistique, c’est beaucoup grâce à Megan Lukaniec et à sa thèse sur le système verbal de la langue wendate ainsi qu’au texte de John Steckley sur l’absence de superlatifs. Je ne voulais pas alourdir de notes de bas de page.
Merci ! C'est excellent ✨️
Comme vous parlez de généalogie, je voulais juste vous dire que ma mère était née Duchesne. Mon grand-père venait de Baie-saint Paul.
C’était donc la Mère Duchesne ?
Ben, comme vous savez, les femmes de cette époque prenaient le nom de leur mari. C’était donc la Mère Grenier. Mais pour moi, c’était juste m’man.